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Un nouveau risque => de nouveaux comportements

publié le 10 juillet 2020

Intégrer des gestes réflexes

Vous souvenez-vous lorsque la ceinture de sécurité a été rendue obligatoire à l’avant comme à l’arrière des véhicules dans les années 90 ? Il nous a été difficile au début d’intégrer cette mesure de la sécurité routière qui visait à minimiser les impacts des accidents.

Cette ceinture de sécurité est aux accidents de la route ce que les gestes sanitaires sont à la circulation du coronavirus. Elle ne permet pas le risque 0. Elle n’évite pas le danger. Mais elle permet de limiter les impacts de l’accident et ses conséquences.

Mettre sa ceinture c’est se protéger soi et protéger les autres en sauvant des vies. Et aujourd’hui c’est devenu un réflexe de monter en voiture et de s’attacher.

N’en serait-il pas de même avec les virus ? Aujourd’hui rien ne nous dit que le Coronavirus va devenir endémique dans nos pays, en revanche nous savons qu’il est pour l’instant toujours présent et nous continuons d’apprendre à connaître ce virus auquel nous devrons nous adapter.

Petit à petit certains gestes deviendraient des réflexes. Dans nos activités professionnelles, le masque et le lavage de mains deviendraient la ceinture de sécurité en voiture, la distance minimale entre les personnes l’équivalent de la distance de sécurité entre 2 véhicules.

Maîtriser le risque

Le risque 0 n’existe pas en épidémie ; en revanche il peut être a minima réduit, au mieux maîtrisé.  

Pour cela, il s’avère nécessaire de recenser chacune de nos situations professionnelles, puis d’identifier le risque présenté pour chacune d’elle, pour définir les mesures de prévention adaptées.

Au-delà des différents protocoles édictés, les virus et épidémies devraient être pris en compte lors des prochaines révisions annuelles ou exceptionnelles du Document Unique d’Evaluation des Risques Professionnels (DUER), ce qui est plutôt nouveau pour beaucoup de professionnels.

D’abord nous identifierons le danger ou la menace, en l’occurrence ici le coronavirus dont nous ne connaissons pas encore toutes les caractéristiques. Ensuite nous analyserons notre exposition et notre vulnérabilité face à ce danger en croisant différents paramètres comme la fréquence, la probabilité, la gravité, mais aussi le système immunitaire de chacun, la capacité de faire face, etc. Cela permettra de qualifier le risque, de non maîtrisable à parfaitement maîtrisable en passant par différents curseurs.

De par son expertise en contexte épidémique, Osmose peut accompagner les entreprises et entrepreneurs. En complémentarité des différents organismes ou acteurs ressources (CSE, CHSCT, associations de médecine du travail, bureau de prévention et gestion des risques) Osmose facilite l’analyse de ce risque épidémique précisément, pour mettre en place des pratiques et des mesures de prévention efficientes, adaptées, acceptées et intégrées.

Avoir un impact

Si ce travail d’analyse du risque et la mise en place des mesures est la responsabilité de l’employeur, chaque travailleur devrait aussi se poser la question « Comment je peux moi-même réduire le risque dans mes interactions quotidiennes ? ».

Pour cela, il y a un travail de pédagogie à poursuivre pour comprendre le virus, les chaînes de contamination et les grands principes de la prévention et gestion des risques. Un changement de comportements se forge sur des mois voire des années alors qu’une épidémie nous demanderait d’aller plus vite. Rappelons-nous combien de temps nous a-t-il fallu pour que la ceinture de sécurité devienne un réflexe ?

Cette sensibilisation permettrait aussi de prendre conscience des paradoxes que recouvrent certaines situations, d’être en mesure de les analyser pour pouvoir faire un choix en toute conscience et l’assumer vis-à-vis de soi et des autres. Par exemple, vous travaillez à distance de votre collègue, vous avez éloigné vos bureaux, mais vous prenez bien évidemment votre pause cigarette avec lui pour discuter parce que c’est bien plus agréable.

Il s’agira ainsi de choisir de limiter la probabilité du danger plutôt que de vouloir l’éliminer totalement. Prendre des mesures signifie alors faire du mieux que l’on peut, considérant son espace et sa propre stratégie de protection, et reconnaître ainsi que l’on a un impact sur la transmission ou non du virus.

Assouplir les mesures sanitaires oui, mais avec conscience et responsabilité

publié le 30 juin 2020

Que vous ayez ou non fait du sport pendant le confinement, vous n’avez plus le choix de vous y mettre aujourd’hui. Au programme : acrobatie et contorsion, jonglage et funambulisme. Vous êtes prêts ?

 Développer la souplesse des mesures sanitaires

Des branches professionnelles et des partenaires sociaux ont demandé la possibilité d’alléger les protocoles sanitaires édictés au niveau national et à travers les fiches-métiers de manière à relancer leurs activités. Les contraintes induites par les premières mesures forçaient chacun à faire le grand écart pour arriver à travailler tout en évitant la propagation du virus.

Le risque épidémique étant en ce moment en recul dans nos régions, il apparaissait opportun de relâcher un peu la pression tout en conservant une très grande vigilance. Ainsi, le Gouvernement a proposé la semaine dernière une version allégée du protocole national de déconfinement pour aider et accompagner les entreprises et les associations à reprendre leur activité tout en assurant la prévention des risques et la santé de leurs salariés.

Trouver le point d’équilibre

Le virus reste malgré tout toujours présent. Nous savons que des clusters réapparaissent quand les personnes restent ensemble pendant assez longtemps et dans des endroits confinés. Ces nouveaux clusters sont notamment recensés dans les entreprises ou les foyers de travailleurs.

De ce fait, l’entreprise a un rôle très important à jouer pour trouver son point d’équilibre entre d’un côté le risque potentiel de contamination et de l’autre le niveau de prévention et de protection des mesures sanitaires. Schématiquement, des protocoles d’hygiène trop contraignants pourraient vite être abandonnés dans le temps, quand des mesures sanitaires trop souples seraient d’une utilité limitée pour éviter la transmission du virus. 

Avoir conscience de son environnement

Une appréhension juste et rationnelle des modes de transmission du virus et de la chaîne du risque servira de balancier pour trouver le bon équilibre.

Depuis plusieurs mois déjà la responsabilité de l’entreprise est engagée. Or il ne suffit pas de mettre à disposition des masques, une solution hydroalcoolique et des scotchs au sol sans en expliquer la pertinence et la raison. Il ne suffit pas de désigner un référent COVID sans le former à l’appréhension du risque épidémique. 

Certes, l’entreprise doit mettre en place les dispositifs de protection et aménager les conditions de travail. Mais elle doit aussi s’adapter aux spécificités de chacun des postes ou chacune des situations professionnelles. Elle doit aussi composer avec les réactions et les comportements de l’ensemble de ses collaborateurs, mais aussi de ses clients, fournisseurs, publics qui constituent une variable d’ajustement très forte.

En cela, l’entreprise pourrait être un intermédiaire de la promotion de la santé et des mesures d’hygiène en contexte épidémique dans la mesure où elle rassemble un public « captif ». En relayent les messages des autorités sanitaires, elle contribuerait à impulser une responsabilité individuelle, y compris dans les sphères sociales et privées.

 (Se) faire confiance

Prenons deux « parcours-types » :

    • Une personne vivant seule, restant en télétravail, ayant relativement peu de contacts physiques avec l’extérieur hormis pour faire quelques courses, ne se déplaçant qu’à vélo ou avec sa voiture… La probabilité qu’elle soit porteuse du virus est très faible. 
    • Une autre personne vivant en couple, tous deux ayant repris leurs activités professionnelles sur site, rencontrant beaucoup de monde dans l’exercice de son travail y compris dans des contextes où les distances minimales et/ou le port du masque ne sont pas toujours respectés, et allant travailler en transports en commun… La probabilité que cette personne soit porteuse du virus, même asymptomatique, est plus grande que pour la précédente.

N’attendrions-nous pas alors de cette seconde personne qu’elle redouble de vigilance ou qu’elle n’abandonne pas trop vite les mesures sanitaires de manière à protéger les autres ?  N’aimerions-nous pas faire confiance à cette personne en pensant qu’elle aura conscience du risque potentiel qu’elle représente et qu’elle adaptera ses comportements en conséquence ? Ne serait-il pas rassurant de penser que cette responsabilité individuelle vis-à-vis du collectif en contexte épidémique est acquise ?

De cette manière, le principe de « l’auto surveillance » pourrait être davantage développé. S’il n’est pas de la responsabilité de l’entreprise de prendre la température de ses équipes ou d’organiser le dépistage, en revanche elle peut inciter ses collaborateurs à le faire. Chacun pourrait aussi mettre en place son propre suivi des cas-contacts en notant chaque jour pour lui-même le nom des personnes rencontrées dans la journée (contact rapproché et prolongé) afin de remonter la chaîne de contamination et la période de contagiosité si nécessaire.

Pour cela il faudrait garantir un cadre de confiance qui « autoriserait » le salarié à être malade sans qu’il ne fasse l’objet de stigmatisations ou encore de prêts d’intention.

En étant assuré que votre collègue prendrait les dispositions nécessaires (port du masque et lavage des mains, dépistage, isolement, etc.) s’il était malade, vous pourriez peut-être plus facilement alléger les protocoles sanitaires.

Se lancer un défi

Nous pourrions imaginer que la responsabilité individuelle vis-à-vis du collectif pour protéger les autres supplante la nécessité de se protéger soi-même. Dans ce cas, le degré de confiance envers les autres serait démultiplié pour dessiner d’autres modes de relations sociales mais aussi d’autres modes d’organisation du travail et de management. En cela, Osmose et Sumfuo sont complémentaires. 

Ce que pourraient construire certaines expressions nouvellement apparues dans notre quotidien

publié le 24 juin 2020

Je ne serai  bien évidemment pas la première à vous dire combien les mots que nous utilisons forgent nos manières de pensée et représentations, qui influent sur nos comportements et nos habitudes, et conséquemment orientent notre rapport aux autres.

Comment interpréter certaines expressions répétées durant ces dernières semaines telles que « distanciation sociale » et « gestes barrières » ?

 

 

Une traduction maladroite du « social distancing »

En France nous avons vu émerger dans notre quotidien et nos dictionnaires la « distanciation sociale » qui ne sera que très tard remplacée par la « distanciation physique » y compris par l’Organisation Mondiale de la Santé et le Center for Disease Control and Prevention (CDC – acteur majeur des réponses aux épidémies).

Le terme anglais « social distancing » existe dans le vocabulaire des épidémies depuis 1918. Pendant la pandémie de Grippe Espagnole, le médecin Max C. Starkloff inventait cette mesure en interdisant les rassemblements de plus de 20 personnes, pensant que cela permettrait d’enrayer la propagation du virus. Au début des années 2000, l’expression est largement reprise pour désigner de manière générique un ensemble de mesures sanitaires et comportementales pour limiter la fréquence et la proximité des contacts physiques entre les personnes (le maintien d’une distance minimum entre les personnes mais aussi la fermeture de certains lieux et certaines activités, l’interdiction des évènements et réunions publiques, les restrictions de déplacements et réduction des transports publics, etc.).

Une traduction littérale de « social distancing » nous mène tout droit -mais de façon sans doute maladroite- à « distanciation sociale ».

Le poids des mots « distanciation sociale »

Le mot « distanciation » est surtout une notion, un concept intellectuel.

Nous le retrouvons tour à tour et à différentes époques d’abord dans le théâtre puis dans certaines professions notamment d’accompagnement des personnes. Il désigne une capacité de « se tenir à distance », de « garder de la hauteur » de manière à rester en mesure d’exercer son esprit critique ou encore de tenir sa posture d’impartialité et de neutralité. Le mot de « distanciation » a aussi été repris dans le langage courant pour désigner, selon le dictionnaire du CNRTL (CNRS), « le recul pris vis-à-vis de ce qu’on dit, de ce qu’on fait, de ce qu’on montre ».

Le mot « distanciation » induit donc un mouvement de recul, celui de faire « intellectuellement ou mentalement » un pas en arrière. Ce terme n’est pas très précis et concret dans le cas d’un contexte sanitaire.

Toujours selon le CNRTL (CNRS) et pour plusieurs linguistes, le mot « distanciation » désigne également « un écart, le refus de relation existant entre différentes classes sociales ». En France, ce mode de représentation repose sur des préjugés et des stéréotypes, renvoyant systématiquement une personne à ses origines sociales. Le mot « social » n’a pas la même résonance en anglais qu’en français. En français, il revêt une dimension politique très forte et renvoie aux différences et aux inégalités entre les groupes de population.

Ainsi de « distanciation sociale » à « distinction sociale » voire à « défiance sociale », il pourrait n’y avoir que quelques pas si nous n’y prenons pas garde.

Plutôt que « distanciation sociale » …

Ainsi le contexte épidémique n’a jamais requis de « creuser l’écart » par rapport à l’autre. Il ne concernait pas le lien social, soit les relations entre les membres d’une société ou d’un groupe. Ces potentiels mouvements de recul sont inhérents à toutes épidémies mais sont la conséquence de la peur et non une recommandation de santé publique. Heureusement d’ailleurs que nous avons su redoubler d’ingéniosité et de créativité pour « rester en contact », c’est-à-dire garder du lien, grâce aux groupes whatsapp, aux apéro skype, aux cafés dynamiques, aux pauses visio…

L’expression « distanciation sociale » devait désigner un écart entre les corps des individus dans l’espace et non un délitement de la relation aux autres. Elle aurait dû insister sur l’objectif de cette injonction, mettre en évidence un lien de causalité entre les modes de propagation du virus -la transmission par gouttelettes- et la recommandation de santé publique.

Ainsi, il aurait été plus juste à mon sens de parler de « distance physique », ou encore d’ « espacement entre les personnes », de « distance minimum à respecter ». Cela aurait permis de rester sur des mesures de santé publique et de ne pas décaler le discours.

Par ailleurs une « distance physique » se mesure, en cm, en mètre, en pieds, en nombre de scotch au sol. Il est facile de se la représenter. Une « distanciation sociale » elle ne se mesure pas, à moins d’avoir recours à une batterie d’indicateurs croisés. Par ailleurs, comment parler d’un côté de « distanciation sociale » et de l’autre des solidarités et de la « cohésion sociale » sans se trouver dans une situation paradoxale ?

La surenchère avec « les gestes barrières »

De la même manière l’expression « gestes barrières » ne me semble pas appropriée et suffisamment précise lorsque celle-ci est introduite dans le vocabulaire courant.

Une barrière empêche quelque chose ou quelqu’un de passer. Elle est soit ouverte, soit fermée, moins souvent entrouverte ou partiellement fermée.

Ainsi, l’expression « gestes barrières » dicterait des comportements absolus, incontestables, applicables en toutes circonstances. Les « gestes barrières » seraient alors appliqués ou ne le seraient pas, sans laisser la possibilité d’une appréhension raisonnée du risque de contamination pour pouvoir adapter les mesures de prévention en conséquence et en toute conscience.

A « gestes barrières », j’aurais préféré les habituelles expressions utilisées dans les réponses aux épidémies à savoir « mesures barrières » pour désigner la dimension collective et un ensemble de composantes -des comportements, des moyens mis à disposition, des protocoles- et qui ont pour objectif de faire « barrière » pour casser les chaînes de transmission ou barrer les routes de contamination du virus.

Et pour engager la responsabilité individuelle de tout un chacun, j’aurais préféré des expressions plus positives et encore une fois que nous utilisons habituellement à savoir : « gestes de prévention », « comportements adaptés à un contexte épidémique », « pratiques d’hygiène », « habitudes sanitaires ». Il me semble que cela aurait permis de mieux poser ce à quoi nous faisons face, un virus et certainement pas « les autres ».

Que garderons-nous de ces « gestes barrières » de la période COVID-19 ? Il me semble plus facile d’intégrer durablement des pratiques d’hygiène et des gestes de prévention dans nos quotidiens que de devoir s’assurer que la barrière soit bien fermée. Nous y reviendrons dans un prochain article.

Nous nous adapterons

Ce contexte épidémique et le confinement qui lui a été afférent ont bousculé nos habitudes, nos pratiques, nos modes de fonctionnement, tant dans la sphère privée que dans nos vies professionnelles.

En interrogeant ce qu’il s’est passé, nous adapterons nos métiers, nos entreprises, nos économies.

Le risque épidémique est quelque chose d’assez nouveau à intégrer dans nos pratiques professionnelles en France. Avec son expertise en Prévention et Gestion des Risques Infectieux et Communication des Risques, Osmose peut vous accompagner dans cette conscientisation du risque et de ce que recouvrent les différentes mesures mises en place. En complémentarité, SumFuo propose d’accompagner les managers et les équipes dans l’adaptation des modes de fonctionnement aux différentes circonstances et dans la conduite du changement que vivent les entreprises. 

Relever le défi des écarts entre intentions et comportements

publié le 20 novembre 2019

 

« – Seriez-vous prêt à nettoyer vous-mêmes les espaces publics ? demande l’enquêteur.

– Bien entendu, répond la personne interrogée.

– Alors pouvez-vous le faire maintenant ?

   Euh, oui, mais, non, attendez… »

Lever les réticences à changer

Pourquoi cette réticence à transformer en action ce premier élan volontaire et spontané ? Nos comportements ne sont-ils pas pourtant guidés par des actes réfléchis et rationnels ? La psychologie sociale et l’économie comportementale partent du postulat que non, nos comportements ne sont pas nécessairement le résultat d’une suite logique et cohérente. Si l’attitude a un impact sur le comportement, elle n’est pour autant pas suffisante pour le prédire. 

Alors comment accompagner des changements de comportement, notamment dans des domaine sociétaux et collectifs comme le vivre-ensemble, la santé publique, l’environnement ?

Il serait facile et confortable de penser que véhiculer une information et partager un savoir suffit à faire changer de comportement. Ce n’est pourtant pas aussi automatique et c’est pour cela qu’il nous faut contourner les biais et lever les réticences qui sont un frein à l’engagement et l’adoption de nouveaux comportements.

Des techniques d’accompagnement du changement de comportements

Nous utilisons alors un format spécifique d’enquête permettant de mesurer les écarts entre les connaissances, les intentions et les comportements. En effet, il serait trompeur d’évaluer le changement simplement en interrogeant les personnes sur leurs intentions.

« – Savez-vous à quels moments clefs il est important de se laver les mains pour préserver sa santé ? demande l’enquêteur.

– Oui bien sûr, et je peux vous citer notamment « en sortant des toilettes », affirme la personne interrogée.

-Y a-t-il chez vous la possibilité de se laver les mains en sortant des toilettes ?

   Oui, il y a la salle de bain juste à côté, avec du savon. »

Maintenant, adoptons une posture d’observateur et comptons combien de fois la personne interrogée se lave effectivement les mains en sortant des toilettes…

Un travail d’entretien et de facilitation va ensuite identifier les différents mécanismes de résistance au changement. Pour n’en citer que quelques-uns, les plus évidents :

          Les barrières individuelles (mes habitudes, mes croyances, mes routines, mes certitudes, etc.)

          Les barrières sociales et culturelles (les normes, le conformisme, etc.)

          La position défensive (envers tout ce qui viendrait remettre en cause mon cadre de référence)

          La distance (ça ne me concerne pas, c’est trop loin dans le temps et dans l’espace)

Si passer de l’intention à l’action peut être perturbant, et si adopter de nouveaux comportements nécessite un effort, des modèles de communication spécifiques peuvent être développés pour accompagner l’individu dans son processus de choix et de changement d’habitude.

Une forme de communication engage l’individu en lui donnant la possibilité de faire quelque chose de l’information qu’il vient de recevoir ; il va ainsi pouvoir poser de petits actes préparatoires préfigurant un processus de transformation plus global.  C’est typiquement un petit questionnaire ou quizz à l’issue d’un partage d’information.

Une autre forme de communication est une incitation passive pour soutenir un changement d’habitude. Elle n’a pas pour objectif de donner de l’information ou de délivrer un message. C’est un rappel comme pour dire « vous vous souvenez que si vous adoptez ce comportement plutôt que celui-ci, vous pourriez mieux vous porter ? ». Adopter de nouveaux comportements nécessite de nombreux rappels pour garder la motivation et ne pas « replonger » dans ses vieilles habitudes. On a alors ici besoin d’une piqûre de rappel à délivrer au bon endroit et au bon moment.

Des changements durables et acceptés

Ces formes de communication laissent toujours l’individu libre dans ses comportements, opter pour ses choix de façon volontaire et sans contrainte. En cela, elles sont l’inverse d’une manipulation. Elles se distinguent également des systèmes de punition ou d’incitation financière. Cela augure d’un changement de comportement plus durable.

Ces différentes techniques pourraient être rassemblées sous le vocable de « C4C »  ou « Communication for Change » (Communication pour le Changement) et n’ont de pertinence que dans des contextes d’amélioration du bien-être de l’individu (sa santé), de la communauté et de la société (la santé publique, le rapport aux autres et à l’environnement).  

Il faut avoir l’honnêteté de souligner que si ces différentes techniques sont généralement peu coûteuses, elles ne peuvent en revanche garantir 100% de réussite et de changement de comportements, justement puisque les individus restent toujours libres de leurs choix. En revanche, elles démontrent des impacts plus durables.

J’ai pu utiliser ces méthodes et techniques dans de précédents programmes de promotion de l’hygiène et de santé publique pour prévenir les maladies, casser les chaînes de contamination et contribuer à enrayer des épidémies. Ainsi nous pouvions par exemple flécher au sol le chemin entre les toilettes et le lavabo pour se laver les mains.

De la même manière, comment peut-on organiser les espaces, les services, les infrastructures pour accompagner des changements durables de comportement et d’habitude ? C’est un des enjeux d’Osmose. 

Participation et/ou « Approche basée sur la communauté »

publié le 18 sept. 2019

Alors que les mots participation, concertation, co-construction et leurs déclinaisons ont rejoint ces dernières années le vocabulaire courant, Osmose – la fabrique du vivre-ensemble tire son expérience d’autres méthodologies qui datent elles de plusieurs dizaines d’années, à savoir la « Community-based approach » ou encore la « participatory approach » – approche basée sur la communauté ou approche participative. Celles-ci sont issues du monde du développement, de la coopération internationale et de l’humanitaire.

Qu’est-ce que la community-based approach ?

La Community-based approach est une manière de travailler en partenariat avec les populations et personnes bénéficiaires d’un programme, en les intégrant à chacune des étapes du cycle de projet (diagnostic, définition du projet, implantation des activités, évaluation). Cette approche replace les populations au centre du projet, reconnait les compétences, les capacités et les ressources des personnes concernées pour construire avec elles des solutions durables et les soutenir dans leurs propres objectifs et prises de décision.

Cette approche peut être utilisée tant dans des contextes de projets à long terme que pour des situations de crise et de choc comme les déplacements de population ou catastrophes naturelles.

Cette définition nous amène alors à réfléchir au concept de « communauté ». La notion est large et il n’y a pas de définition qui fasse l’unanimité. Nous retiendrons ici que la communauté est un collectif de personnes qui habite, évolue ou vit dans un espace donné, qui partage des intérêts communs, et qui est prêt à contribuer à un objectif pour le groupe. Cette communauté est plus ou moins stable et homogène ; elle peut être constituée de sous-groupes ainsi que de communautés temporaires ou intermédiaires.

D’où vient la community-based approach ?

La community-based approach est une synthèse de différentes dynamiques de recherche, recherche-action et changement de paradigme qui émergent dans les années 60 et se formalise dans les années 80-90.

Parmi les grandes phases d’émergence de la community-based approach, nous pourrions retenir qu’à cette époque, les limites d’un développement qui ne repose que sur l’économie sont perceptibles. Une nouvelle façon de penser met en avant un développement participatif qui viserait à remettre les populations au cœur de leur propre processus de développement. Les théories de Paulo Freire dans les années 70 ont influencé ces nouvelles approches, notamment en reprenant les mécanismes de la prise de conscience. Dans les années 90, des nouvelles formes d’exclusion apparaissent et amènent à reconsidérer la place des différents groupes de population dans les projets de développement. Il s’agit ainsi de permettre aux individus de jouer un rôle actif et déterminant dans l’élaboration des programmes et les prises de décision qui influent sur leur vie. Cette dynamique est résumée sous le vocable « empowerment » (responsabilisation). Robert Chambers illustre ces réflexions en positionnant les plus pauvres au centre des mécaniques de développement social. La structuration de la community-based approach doit beaucoup à l’intervention des chercheurs en sciences sociales et anthropologie du développement qui se sont intéressés aux dynamiques de changement social. On retrouve ainsi des méthodologies des sciences sociales pour analyser des contextes selon la RRA – rapid rural appraisal (évaluation rapide rurale),  puis la PRA – participatory rural appraisal (évaluation rurale participative) qui visaient à associer les populations à la collecte et l’analyse de données pour contourner les biais de l’enquête socio-anthropologique menée exclusivement par les chercheurs. Un dernier changement de paradigme viendra alors multiplier les community-based approaches. Dans les années 2000, les organisations internationales font évoluer leurs pratiques, passant de l’assistance individuelle à travers des services communautaires à un renforcement de connaissances, de compétences et de capacités des communautés bénéficiaires pour les accompagner vers davantage d’autonomie.

Quels sont les ressorts et les intérêts de la community-based approach ?

La community-based approach repose sur l’idée d’un possible processus de transformation, de changement, dans un contexte donné. De façon synthétique et schématique, listons les principales composantes de la community-based approach et dont certaines se retrouvent dans les concepts actuels de « participation et concertation » :

  • Placer les communautés bénéficiaires d’un projet au centre du projet,
  • Respecter le droit de la communauté de participer au processus de décision pour les sujets qui la concerne et pourrait influencer significativement sa vie,
  • Offrir la possibilité d’être actif et engagé dans, avec et pour sa communauté,
  • Susciter la participation et la mobilisation de manière à ce que les membres de la communauté y trouvent leur intérêt,
  • Respecter le droit des communautés à l’information, à la transparence et à la redevabilité de la part des équipes projets,
  • Renforcer les capacités de la communauté de toutes les manières possibles,
  • Respecter les systèmes de fonctionnement et d’adaptation qui existent au sein de la communauté.

L’intérêt de la community-based approach est de :

  • Mieux comprendre une problématique et les différents éléments,
  • Mieux répondre aux besoins des communautés concernées et proposer des projets pertinents,
  • Proposer des solutions adaptées, assurer l’accès à des services appropriés, accessibles et de qualité,
  • S’inscrire dans la durabilité, en renforçant les capacités des populations et en les accompagnant vers une autonomie,
  • Utiliser efficacement les ressources disponibles,
  • Travailler à la résilience des populations,
  • Prendre en compte les risques, les effets indésirables d’un projet et anticiper les possibles impacts négatifs,
  • Inclure les groupes les plus vulnérables, exclus ou marginalisés,
  • Engager la communauté dans l’appropriation et la maintenance des infrastructures et des services,
  • Impulser des dynamiques de changement de comportements.

Le praticien de community-based approach a un rôle de facilitateur à jouer. Il s’appuie sur les communautés, reconnaissant qu’il a une présence temporaire et éphémère il doit néanmoins œuvrer à des impacts durables de son intervention. Il a des compétences de compréhension des dynamiques de groupes, de médiation et de résolution de conflit, et une posture de distance, d’impartialité et de respect des personnes et des différents cadres socio-culturels.

Les community-based approaches appliquées

Emmanuelle, fondatrice d’Osmose – la fabrique du vivre-ensemble, a utilisé différentes méthodologies de la community-based approach, par exemple :

  • Pour des projets de Réduction des Risques de Catastrophes avec les enquêtes recensant les vulnérabilités et capacités des populations et la mémoire des catastrophes sur la zone,
  • Pour des projets de santé communautaire et de premiers secours qui s’appuient sur des volontaires et la participation de la communauté pour la promotion de la santé,
  • Pour des projets d’assainissement qui visent à impulser un changement de comportement, à réduire les pratiques à risque, et à engager la communauté à construire des toilettes pour prévenir les maladies diarrhéiques.

Les composantes et les dynamiques de la community-based approach se retrouvent largement dans le mode d’intervention d’Osmose – la fabrique du vivre-ensemble.

NB/ plusieurs mots sont en anglais ; la majorité des recherches et écrits sont issus des universités et milieux anglo-saxons, et certains termes peuvent perdre une partie de leur sens dans les traductions françaises.